Hongrie: « On est au seuil d’une dictature »

Jean-Pierre Jasz, 76 ans, issu d'une famille hongroise.

Jean-Pierre Jasz, 76 ans, travaille pour l’association « Amitiés France-Hongrie ». Il se dit affecté par les troubles en Hongrie, où il retrouve chaque année sa famille. Dans une interview, il condamne la politique « autocratique » du Premier ministre Viktor Orban qui vient de mettre sous tutelle la banque nationale dans le cadre de la nouvelle constitution.


Que reprochez-vous à Viktor Orban ?
Il n’est pas vraiment représentatif de la nation hongroise, beaucoup plus complexe : il y a les protestants, les orthodoxes et les minorités juives. Dans la nouvelle constitution, la Hongrie est un pays chrétien. On échappe au statut laïque des républiques modernes. C’est inquiétant de voir un état prendre une coloration religieuse. Viktor Orban est aussi très conservateur. Il a bouclé la réforme de la constitution, réduit à 16% l’impôt sur le revenu, ce qui va avantager les riches. Il met en danger le budget de l’État. C’est une atteinte à la démocratie.

Peut-on parler de dictature ?
Non, car c’est dans le vote des Hongrois que ce gouvernement trouve sa légitimité. C’est plutôt un gouvernement autocratique qui pousse à l’extrême ses droits. On est au seuil d’une dictature.

Pourquoi le peuple est-il aujourd’hui dans la rue ?
Les Hongrois qui ont voté pour Viktor Orban étaient excédés par les dépenses outrancières du parti socialiste hongrois (MSZP). La Hongrie traversait une crise économique et sociale, les gens ont cru que ça ne pouvait pas être pire. Ils voulaient du changement.

La Hongrie risque t-elle un effondrement financier ?
Je crois qu’on y va inexorablement. La suppression des aides financières par la Commission européenne va être difficile à vivre car beaucoup de projets majeurs sont faits essentiellement avec ces subventions.

Comment voyez-vous évoluer le mouvement ?
Il peut y avoir un mécontentement grandissant avec des grèves. Si les gens les plus lésés commencent à agir, le gouvernement devrait faire marche arrière. La puissance d’un mouvement populaire très large paralyserait le pays. Mais les gens ont peur de perdre leur emploi. Quant aux jeunes qui ne manifestent pas, ils ne pensent qu’à une chose : émigrer.

L’opinion internationale peut-elle aider à résoudre la crise ?
C’est comme dans une caisse de résonance (…) S’il ne se passe rien en Hongrie, l’Europe ne sera jamais tentée d’agir par elle-même. Mais les Hongrois ont commencé à se révolter. Ils étaient 100.000 lundi sur la place du Parlement.

Ecoutez l’intervention de Jean-Pierre Jasz

Le changement viendra-t-il des urnes?
Il faudrait une alliance démocratique entre les socialistes, les écologistes et les libéraux-centristes. Il n’y a pas d’autre possibilité. Je reste toutefois sceptique. J’ai vécu la préparation des dernières élections: il n’y avait que des affiches et des slogans pour le Fidesz (parti de Viktor Orban). Tout était faussé dès le début. Je ne vois pas très bien comment des élections démocratiques peuvent être organisées en Hongrie.

Propos recueillis par Camille Erder, Pauline Bussi & Pierjean Poirot

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